5 (grosses) raisons de prendre de la distance avec Twitter et 2 (petites) de garder un œil dessus…

Incontestablement, le site de micro-blogage a le vent en poupe.

Ce succès n’interdit pas de s’interroger sur les dérives provoquées par son fonctionnement.

Sur le papier, l’idée est séduisante : proposer un accès facile à une plateforme de publication de messages de 140 caractères (et pas un de plus, même si vous connaissez quelqu’un chez Twitter !)

Une telle approche devait – en théorie – obliger les utilisateurs à faire preuve d’un sens de la synthèse, toujours utile face aux déferlements d’information.
Dans un monde idéal, chaque tweet prendrait la forme d’une information, compressée, brute, pertinente…
De quoi assouvir notre dose quotidienne d’information stratégique pour nos activités ou nos centres d’intérêt.

Malheureusement, le papier reste le papier et la vraie vie prend rapidement le dessus…

Aujourd’hui, 6 ans après sa création, que constate-t-on ?

1- Chaque minute, le site déverse un flot impressionnant de tweets avec des contenus très variables.
Parmi tous ces messages, il est illusoire de chercher à détecter l’information qu’il ne fallait pas manquer.
Trop d’information à traiter pour notre cerveau qui pourtant en redemande toujours plus…

2- La création d’une communauté qui semble fonctionner en vase clos, avec ses codes, ses #, et autres @, ses twittos (utilisateurs du site), ses retweets ou ses FF (Follow Friday, pratique qui consiste en quelque sorte à tweeter sur des twittos …mais le vendredi).
Le tout alimentant un flow de données déjà plus que conséquent.

3- La course à la petite phrase facile, au scoop (pas toujours vérifié), au buzz imparfaitement maitrisé.
Tout le contraire de ce qu’on attend d’une rubrique « information sérieuse ».
Chaque petite phrase a le potentiel de générer à son tour des milliers de RT (retweets), aggravant ce sentiment permanent de tsunami informationnel.

4- Les dérives liées au nombre de caractères limités par message qui n’ont pas poussé les twittos à plus de synthèse. Ils ont contourné le système en adoptant un langage encore plus raccourci qui renforce la difficulté pour un nouvel entrant à comprendre les règles de cette communauté.
Et donc à détecter les bonnes informations.

5- Et enfin, par son approche « pour exister, il faut participer » Twitter a sonné le glas de la qualité éditoriale vs la quantité/rapidité. Pour un tweet intéressant, combien d’autres n’ont rien à raconter, ce qui même sur 140 caractères reste un exploit…Un bon twittos se jauge à son nombre de followers (suiveurs, son « réseau », quoi) et à son nombre de tweets et retweets.
Le tout prenant souvent la forme d’une compilation statistique hebdomadaire publiée dans un (nouveau) tweet, évidemment.

Fondamentalement, et au-delà des critiques sans doute faciles, le vrai problème de Twitter est qu’il est inadapté au fonctionnement du cerveau humain (et donc des individus qui utilisent le site).
Car si nous sommes dotés d’une formidable machine à produire de l’intelligence, nous souffrons en parallèle d’une faible capacité d’information à traiter.
Cet handicap, nous le comblons inconsciemment par des biais cognitifs (des raccourcis d’analyse) qui nous permettent de traiter rapidement des informations.
Le système fonctionne bien tant que nous nous ne laissons pas envahir par un flot trop important d’information.
En cas de surabondance, le moteur s’emballe et ne produit rien d’autres que des failles psychologiques (déprimes, dépressions, addictions, ect…)

Tout système conduisant à favoriser le volume d’information est à la fois dangereux pour nos facultés mentales et ne permet pas de favoriser des processus d’intelligence (transformation de données en information et d’information en action).

Si ce système n’est pas adapté, comment expliquer alors les phénomènes de quasi addiction de certains utilisateurs ? A la base de cette dérive, on y trouve certainement une sensation de peur de passer à côté de l’Information avec un grand i. Une peur à laquelle même Twitter ne peut rien… car elle touche au plus profond de notre structure psychologique.

Aussi, si l’objectif est d’être productif en terme d’observation de son environnement (veille), on favorisera des outils hebdomadaires ou mieux quotidiens, comprenant 10/12 informations maximum.
C’est peu mais c’est adapté à la taille du tuyau de traitement d’information dont nous sommes naturellement dotés.
Et cela concourt à nous préserver une bonne hygiène mentale…

Reste que pour revenir à Twitter, ce site présente tout de même deux caractéristiques intéressantes.

D’une part, il rend visible une des dérives sociétales les plus problématiques : la prime à la quantité et la rapidité d’information vs sa qualité et sa pertinence.

D’autre part, pour tous ceux qui sont sensibles à la communication, Twitter doit être à surveiller comme de l’huile sur le feu.
Une rumeur qui part de ce réseau et c’est toute la toile que peut s’embraser avant même que vous ayez eu le temps de réunir votre comité de crise !

Tout cela est bien peu en comparaison de ses travers.
En résumé, tweetons peu mais bien… ou pas !


ps : Ah au fait, mon compte twitter est @DatHa_Network… 😉