Intuition et processus de décision

En Occident et plus particulièrement en France, être cartésien, donc rationnel semble être la voie royale pour accéder à toutes les responsabilités !
Pourtant, les sciences cognitives démontrent chaque jour un peu combien nos décisions soi-disant rationnelles peuvent être biaisées. Il suffit de voir l’état des finances mondiales qui sont tenues par des personnes très analytiques pour comprendre…
De la perception jusqu’au traitement des informations, nous devons en permanence lutter contre potentiellement une bonne soixantaine de raccourcis que prend notre cerveau à nos dépens et qui peuvent nous entrainer à aboutir des résultats faux.
Pour éviter de faire une confiance trop aveugle à notre capacité de jugement, nous pouvons donc nous appuyer sur nos intuitions qui font figure de contre-pouvoirs. Elles peuvent même, si on les maitrise, diriger nos plus importantes décisions.

La difficulté avec l’intuition est de la définir.
Il est facile d’expliquer des méthodes de raisonnement, dans la mesure où elles s’appuient en général sur des données mesurables et objectives.
L’intuition, elle, existe par elle-même sans qu’on soit en mesure de l’expliquer. C’est une sorte d’évidence. Non discutable, non négociable.
Pour définir ce qu’est l’intuition, il faut mieux commencer par définir ce qu’elle n’est pas :
– Ce n’est pas seulement le fruit de notre expérience passée. Celle-ci est d’ailleurs à prendre avec des pincettes car souvent les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne sont pas tout à fait identiques à ceux du passé. Et tenter de les résoudre comme on la toujours fait est assez dangereux.
– Ce n’est pas non plus seulement une émotion. Celle-ci nous pousse à faire des choses, par peur de l’inconfort ou par recherche d’un certain confort émotionnel. L’intuition va bien générer une émotion, mais qui sera d’un autre genre.
– Ce n’est pas enfin une idée qui viendrait toute seule, comme le fruit d’une sorte de puissance divine. Une véritable intuition n’existe que parce que nous avons fait un important travail en amont sur un sujet. Et c’est pour cette raison qu’elle a un tel impact sur nous.

Si on doit essayer de la définir, l’intuition ce serait une mayonnaise entre nos expériences passées, nos émotions et surtout une synthèse des signaux faibles, c’est à dire toutes les informations que nous percevons et dont nous n’avons pas conscience.

Mais au-delà de tout cela, c’est une sensation qui ne ressemble à rien d’autre ! Et tous ceux qui en ont l’expriment avec leur propre mot. C’est quelque chose d’intense, durable qui prend aux tripes (les Américains appellent cela le «gut feeling») et rien ne semble pouvoir nous en détourner.

Platon a bien défini ce moment qui parait magique : « l’intuition est la saisie immédiate de la vérité de l’idée par l’âme indépendamment du corps ».

Enfin, reste que l’intuition, aussi bonne soit-elle, a besoin de passer par le filtre du raisonnement pour être validée.
Et c’est sa (bonne) mise en application qui lui donnera (ou non) sa légitimité !