Les infographies, une petite douceur qui ne remplace pas un bon repas…

Pas une journée ne se passe sans qu’une infographie ne nous soit tweetée et retweetée ou facebookée !
Il faut dire que depuis quelques années, ces info_mises_en_image ont pris une place importante dans le monde de l’information.
Elles étaient d’abord réservées aux journaux « sérieux » qui avaient compris qu’une approche visuelle pouvait faciliter la compréhension de problèmes beaucoup plus complexes. En appui aux longues analyses, elles donnent du sens et une forme d’évidence à ce qui pouvait passer initialement pour insondable.
Avec le succès de ces articles qui jouent avec le texte, les chiffres et les images s’est créé un véritable métier : infographiste.
Littéralement, celui qui traduit l’information en image !

Du coup, sont apparues subrepticement des infographies lâchées seules dans la nature (comprendre sans texte d’analyse), sans famille (comprendre sans source) dont l’objectif est clairement de favoriser l’image sur l’information.
Et ça plait beaucoup !
Ce qui n’a rien de surprenant quand on connait la fabuleuse attraction des images sur l’esprit humain*.
C’est d’ailleurs ce que démontrent parfaitement deux chercheurs américains** en 1994 dans une étude dans laquelle les photos d’un article sont jugées aussi crédibles qu’elles soient imprimées dans un journal sérieux ou dans un quotidien à scandale, alors que le texte associé est jugé différemment en fonction de la perception bonne ou pas du journal.

Et voilà bien le problème : devant une image, nous sommes désarmés et notre esprit critique si prompt à trouver la moindre faille d’un discours est comme absorbé par la « Vérité » qui ressort de ces valses d’icônes, de couleurs et de formes.
Tellement absorbé qu’on en oublie alors de se poser la question des sources (6 fois sur 10 absentes de ma propre expérience). Qu’on soit bien d’accord, l’absence de source ne présage pas de la qualité de l’information mais elle empêche toutes vérifications, ce qui est ennuyeux…
On en oublie également de se demander qui est le commanditaire ? Un organisme officiel ? Une agence de lobbying ? Une société privée ? Bref, avoir la faculté de se poser cette question (et y trouver la réponse) nous permettrait de prendre plus ou moins de recul sur ce qui est présenté.

Pour autant, doit-on rejeter les infographies pour éviter de devenir infographodépendant ? Et donc se contenter de lire des analyses plus poussées et sourcées mais moins sexy ?
En réalité, ce serait un recul car les images apportent une vraie valeur ajoutée à l’appréhension du monde qui nous entoure notamment en sollicitant des zones du cerveau qui ne sont pas activées lors de la seule lecture de texte et de chiffres.
En cumulant image et texte, nous améliorerons notre mémorisation et notre capacité de compréhension en utilisant une approche plus globale – l’image – en appui avec l’analyse séquentielle du texte.
Bref, c’est une véritable avancée, à condition d’être très vigilant sur la présence de source et surtout de pouvoir consulter en même temps les documents dont sont extraits les images et qui donnent une profondeur d’analyse importante.

Au fond, allier les deux, c’est choisir le repas équilibré (l’analyse) et la petite note sucrée finale (l’infographie) qui laisse ce goût agréable pendant de longues minutes et apportent quelques émotions supplémentaires, propices à la mémorisation …

Donc, la prochaine fois, faites-moi plaisir, ne vous précipitez pas sur la prochaine infographie venue sans vous poser quelques questions préalables.
Et penser à ne pas consommer que cela au risque de glisser vers l’infobésité 😉

*A ce sujet, je vous engage à lire le formidable ouvrage de JF Dortier – l’homme cet étrange animal -ed Sciences Humaines

** Kelly, J.D., & Nace, D. (1994). Knowing about digital imaging and believing news photographs. Visual Communication (source trouvée sur http://nous-et-les-autres.blogspot.fr)