L’intelligence des animaux fait elle de l’ombre à la nôtre ?

Le sujet semble à la mode, et c’est heureux. Arte vient de consacrer (au moins) deux reportages qui font le point sur l’intelligence animale.
Les animaux pensent-ils ? Et les corbeaux ont-ils une cervelle d’oiseau ? (en 3 parties, à la fin de ce papier) sont de petits bijoux de documentaire comme seule la chaine franco-allemande sait nous proposer (et que nous ne nous lassons pas de rappeler ici 😉
Intelligence animale ? Deux termes qui sonnent bizarrement ensemble. Nous sommes tellement certains d’être les seuls êtres vivants réellement intelligents qu’on oublie que nous n’avons pas le monopole de celle-ci…

Notons tout d’abord que l’intelligence reste difficile à définir.
Cette intelligence, cela fait longtemps qu’on cherche à la calculer, la mesurer, comme si cela nous permettait de mieux la cerner.
Une des premières avancées a concerné le QI. Une invention française, oui Môssieur ! Depuis, 8 ou 9 formes d’intelligences complémentaires (spatiales, émotionnelles, relationnelles, etc…) ont été identifiées et bien évidemment mesurées (on adore cela…)
Mais au fond, malgré tous ces travaux, rien n’est plus difficile que parler d’intelligence tant les contours sont encore très flous.
Si on doit simplifier à l’excès, l’intelligence peut se définir comme étant la « capacité adaptation ».
Par définition, s’adapter c’est chercher en permanence à trouver le point d’équilibre.
Or, cela ne se juge pas sur un aspect ou un moment clé. Il faut juger cela de manière globale et sur une longue durée pour voir si les adaptations choisies sont efficaces.

Ainsi pour prendre deux personnalités souvent caricaturées, un Jérôme Cahuzac est doté d’une intelligence conceptuelle et langagière d’un excellent niveau, selon les critères reconnus dans nos Sociétés modernes.
Mais il est beaucoup moins intelligent, dans sa compréhension de son environnement qu’un … Franck Ribéry !
On ne parle pas ici de l’intelligence spatiale du joueur qui est incontestable (et certainement supérieure à celle l’ancien ministre).
Mais l’homme a su également s’adapter à une culture qui n’est pas la sienne (l’Allemagne). Il a aussi et surtout eu l’attitude ad hoc pour réintégrer l’Équipe de France et retrouver son statut après des erreurs de comportements manifestes.
Si on ne fait pas l’erreur habituelle de confondre l’intelligence avec la culture, ce qu’on sait du parcours de F.Ribery montre une incontestable intelligence situationnelle.

Cet exemple un peu provocateur est l’occasion de rappeler qu’il a schématiquement deux grandes formes d’intelligence.
– Celles dites « modernes » qui concernent en gros nos capacités cognitives supérieures – les mathématiques, le langage, la mémoire… Elle permet de briller et de réussir en société, mais n’a qu’une utilité réduite dans un contexte de survie « physique ».
(Penser à ce dilemme : si vous deviez sortir d’une jungle hostile et qu’on vous propose d’être aidés. Prendriez-vous un soldat « 1ère classe » de la Légion étrangère ou le major de promo de Central ou Normal Sup’ ?? Personnellement, je n’hésite pas une seconde !)

– De l’autre côté, il y aurait donc une intelligence « primaire » qui serait en fait la forme à la fois la plus archaïque et la plus efficace. Elle permettrait de nous adapter aux défis proposés par tout notre environnement, pas seulement social.

C’est justement tout l’intérêt de ces reportages sur ces animaux que de nous réapproprier l’intelligence dans ce qu’elle a de magique et de pure !
– Comment, en effet, ne pas être troublé par ce cacatoès qui résout un casse-tête chinois afin d’accéder à une petite graine ? (surtout quand de notre côté nous arrivons à peine à monter correctement un meuble IKEA…)
– Comment ne pas être impressionné par ce corbeau capable d’utiliser un morceau de bois, pour en récupérer un autre qui lui servira pour… récupérer de la nourriture ? (Tiens, ça me fait penser que ces animaux ne pensent qu’à manger 😉
– Que pensez également de ce chimpanzé qui mémorise une suite de chiffres, par définition abstraits, plus vite que l’homme ?
– Et que dire enfin des incroyables intelligences relationnelles et sociales mises en œuvre par de nombreuses espèces pour améliorer leur chance de survie ?
D’ailleurs, notons que les animaux semblent dans l’ensemble plutôt favorables à une forme de coopération plus ou moins poussée. Une belle leçon pour nous qui avons décidé depuis longtemps de faire de la compétition notre mode préféré de socle social.

Bref, n’en jetons plus ! A l’issue de ces reportages, il nous est bien difficile de ne pas nous sentir perturbés par ces comportements si familiers et en même temps assez enfouis en nous.
Dans un monde troublé, nous constatons chaque jour un peu plus que les futures innovations/solutions ne viennent plus de ceux qui ne s’appuient que sur leurs seules capacités cognitives supérieures.
Trop sûrs de leur intelligence, ces élites ne savent plus faire face à un environnement (qu’elles ignorent d’ailleurs) et qui se complexifie.Lorsque le rationnel pur et dur ne peut plus offrir de solutions, il faut se reconnecter à notre mode « animal ».
Observons ce qui nous entoure, écoutons nos intuitions, « sentons » ce qui se passe autour de nous et cherchons des axes de coopération véritables.
Bref, redonnons-nous au plus vite les commandes à notre intelligence primaire !

 

Les corbeaux ont ils une cervelle d’oiseau (1)

Les corbeaux ont ils une cervelle d’oiseau? (2)

Les corbeaux ont ils une cervelle d’oiseau? (3 et fin)