Une même espèce et pourtant tous uniques !

L’Homme* nous propose un beau paradoxe dans sa façon d’évoluer, d’agir, de vivre.
A la fois hyper prévisible dans beaucoup de ses décisions automatisées et en même temps excessivement complexe dans son comportement.
Au fur et à mesure que les sciences humaines mettent à nu cette espèce à part dans le règne animal, s’éloigne l’idée bien pratique d’une nature humaine unique.
Face à un acte ou une décision, nous devons au contraire les analyser selon qu’ils résultent de notre nature profonde ou de notre enveloppe culturelle.
Un vaste sujet qui ne relève pas seulement d’une réflexion existentielle.  Car plus nous connaissons la noyau de nos propres décisions, plus nous mettons la main sur nos propres existences.
Rapide tour d’horizon sur cette question essentielle.

Commençons par le commencement !
Homo sapiens est apparu autour de 200.000 ans avant notre ère. Même si l’environnement a beaucoup changé depuis 200 ans, nous sommes encore (probablement) génétiquement très proches de nos ancêtres. Physiquement, nous marchons, sommes dotés d’une constitution assez similaire et sans doute d’une organisation cérébrale similaire. Il faut en effet des centaines de milliers d’années pour modifier les structures profondes des êtres vivants par mutations sélectionnées au hasard puis conservées par l’espèce si elles présentent un avantage évolutif.
Comme nous sommes tous issus de la même espèce, une partie de nos comportements nous est commune, quel que soit l’endroit où nous vivons.
Lorsqu’il fonctionne correctement, le système sensoriel nous fournit des informations sur notre environnement.
Ces sens fonctionnent mécaniquement de la même façon chez tous les habitants de la planète.
Nous sommes par exemple tous sensibles aux illusions sensorielles (optiques, sonores, etc.)
Nous sommes ainsi préprogrammés pour réagir d’une certaine manière devant un stimulus donné, que nous soyons, français, péruviens ou indiens.
Car contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, le cerveau n’est pas une page blanche à la naissance. Il dispose de modules prêts à l’emploi comme le langage ou la reconnaissance des visages. Pour que ceux-ci soient activés, il faut que l’individu soit plongé jeune dans un environnement social et interagisse au maximum avec celui-ci. C’est de la qualité de ces interactions que l’Homme se construit progressivement. Sans cela, il risque de rester un enfant sauvage toute sa vie, sans aucune chance de développement cognitif.

Mais nous sommes aussi tous différents.
L’impact de nos apprentissages va énormément peser sur notre façon de voir les choses et de traiter les problèmes. Aucune autre espèce n’a autant besoin de temps pour atteindre son plein potentiel. De fait, la plus grande partie du développement du cerveau de l’Homme se passe après sa naissance et pendant plusieurs années qui seront décisives pour son développement.
L’impact de son environnement direct va donc lourdement peser sur la façon dont l’Homme va se comporter.
C’est d’autant plus vrai qu’avec 7 milliards d’habitants, l’Homme moderne vit de plus en plus dans un environnement social où les comportements relèvent plus de la culture (donc de l’apprentissage) que de la nature.
Ainsi, lorsque nous sommes dans des situations sociales sans enjeu pour la survie et la préservation de notre espèce, nous sommes tous différents avec nos repères et nos cultures.
Négocier avec un Chinois ne s’effectue en aucune manière comme avec un Américain. L’appréciation d’une œuvre d’art va être différente entre un Russe et un Italien.

Mais devant un danger, nous aurons tous les mêmes réflexes, instinctifs, presque animaux. Face à la peur intense, par exemple, c’est notre instinct qui prend le dessus et nous ne nous comportons plus comme des êtres totalement sociaux à ce moment-là.
Plus généralement, même si l’évolution de notre espèce semble pencher pour une plus grande influence de notre culture sur notre comportement, nous ignorons souvent que beaucoup de nos décisions sont grandement influencées par notre capital génétique, et pas seulement celui laissé par nos parents.
Lorsque par exemple, nous cherchons une compagne ou un compagnon, nous mettons souvent en avant des choix avant tout liés à une bonne entente ou une vision du monde proche. Mais en réalité, vont intervenir en influences puissantes des facteurs physiques qui n’ont comme seules justifications que la préservation de l’espèce.
Universellement, et sans faire de trop grandes généralités, les hommes seront plutôt attirés par des jeunes femmes, plus propices à favoriser la reproduction pendant que ces même jeunes femmes seront sensibles aux charmes d’hommes plus âgés (et grand si possible), ayant réussi socialement, de manière  à assurer la sécurité du foyer.
Bien évidemment, il n’est pas politiquement correct d’annoncer ces critères lorsque nous cherchons une compagne ou un compagnon mais il n’empêche qu’ils apparaissent comme non négligeables, lorsqu’ils ne sont pas décisifs.

Pour résumer, tout est encore et toujours une question de situation !
Lorsque tout va bien et que l’Homme navigue dans un monde social, il peut se différencier par son comportement essentiellement empreint de culture et d’apprentissage.
Mais s’il doit faire face à un évènement touchant à des notions clés comme la préservation de l’espèce ou sa reproduction, ses instincts reprennent le dessus et le pousse à agir comme un représentant lambda de son espèce. Ni plus, ni moins.
Cette approche explique sans doute que nous ne pouvons pas prétendre connaître les personnes qui nous entourent si nous n’avons pas vécu avec elles une assez large palette de situations, de la plus confortable à la plus risquée…

 

*entendu ici au sens de l’espèce